L’entrepreneuriat à l’université : identifier les obstacles, un pas vers des solutions

Des solutions pour contourner les obstacles

Identifier les obstacles, y réfléchir, des solutions.

Identification des obstacles

L’entrepreneuriat ne se résume pas à la reproduction d’une expérience réussie qu’il suffirait de transmettre comme telle [i]. Enseigner des matières relatives à l’entrepreneuriat ne peuvent consister ni en l’identification d’individus « taillés pour devenir entrepreneurs », ni en un prosélytisme visant à inciter à l’entreprenariat. La véritable difficulté de la question est de trouver un contenu théorique à la fois rigoureux et souple, des outils pédagogiques adaptés [ii] et susceptibles d’orienter les étudiants dans la compréhension des implications de leurs actions [iii].

L’administration

La sphère administrative des autorités universitaires peut aussi être un facteur de difficultés. Le caractère collégial de certaines décisions prises par l’institution universitaire, la bureaucratie, le nombre de niveaux de décision, le manque de mécanisme de pilotage sont parfois des freins aux changements.

La gouvernance

La difficulté de trancher entre le type de culture organisationnelle – administrative ou entrepreneuriale – à adopter [iv] ; ou les types de structures – bureaux de liaison ou unités de transfert technologique – à développer en termes de savoir-faire institutionnel et à mettre sur pieds [v]. Enfin, pour ce qui touche à la vision globale, on notera l’absence fréquente d’une politique de gouvernance claire[vi].

Et lorsque des principes de gouvernance sont mis en place, la question est de savoir qui doivent en être les acteurs : des spécialistes de la gestion peu au fait de la culture universitaire ; des professeurs qui peuvent être enclins à favoriser le statu quo ; des parties prenantes locales ou régionales externes à l’université [vii].

Les acteurs : corps étudiant et enseignant

Les résistances au changement peuvent être parfois imputables à la vision de certains acteurs universitaires – dont les étudiants [viii] – vis-à-vis du monde de la finance et de l’entreprise, mais aussi à d’autres facteurs que Callaert et al. recensent (par exemple, l’importance de faire passer la nécessité de publier avant de penser à d’autres aspects auxquels pourraient mener leurs travaux [ix]).

Hills [x] souligne que les croyances négatives de la part des Facultés ou de l’administration académique au sujet des cours en entrepreneuriat sont diverses. Elles concernent :

(a) ‘small business’ (vs. entrepreneurship) is a low-status realm associated with poor-quality research, and small is by connotation less worthwhile than large; (b) sophisticated management practices reside in larger firms and these practices coincide well with the functional organization in business colleges; and (c) entrepreneurship is a fad.

Menzie note que la vision des doyens à propos des programmes d’initiation est déterminante. Une étude menée au Canada a montré qu’une très grande majorité des doyens en Lettres ou en Sciences sociales estiment que de tels cursus n’ont d’intérêt que dans une perspective de création d’entreprise [xi]. Shinnar et al. mettent en lumière que [xii] :

Perhaps the most glaring difference is that faculty perceived students to be significantly less entrepreneurial than the students perceived themselves to be. More than half the students surveyed rated themselves on the high end of the entrepreneurial disposition scale, whereas more than 75% of faculty rated their students on the low end of the scale.

Contradictions individuelles : ouverture vs pessimisme

Les individus peuvent se montrer favorable aux idées créatives, tout en ayant de la difficulté à en reconnaître une [xvi], et en conservant un réflexe a priori de mise à distance et de retenue. Les programmes doivent donc non seulement permettre une initiation à l’entrepreneuriat, mais aussi intégrer chez les participants une manière d’être qui permet l’expression d’idées nouvelles, et intégrer le réflexe de ne pas s’autocensurer.

En Suisse

Lorsque les programmes d’accompagnement et les structures sont en place, des obstacles restent cependant perçus par les acteurs, notamment le manque d’information, la difficulté de contacter les bonnes personnes, ou le manque d’intérêt pour les projets scientifiques de la part des entreprises [xv].

La réussite, parfois

Cependant, ces résistances ne sont pas insurmontables. Les auteurs (mais aussi Debackere et al.[xiii]) évoquent le cas de Louvain où l’Université est parvenue à combiner avec succès les activités scientifiques de haut niveau et celles dévolues à la création d’entreprises. Et dans la même étude de Menzie, elle conclut que

many deans are ‘philosophically supportive’ of offering entrepreneurship courses, but that many of these same deans do not see this happening, either in the short term or in the long term [xiv] ”

En conclusion

Les obstacles semblent être nombreux. Les embrasser d’un coup peut paraître compliqué, puisqu’il faut tout à la fois travailler sur l’amélioration du niveau de tolérance aux idées nouvelles, à sur les mécanismes de résistance au changement, et sur la conceptualisation et la mise en place des modules eux-mêmes.

Un sacré challenge !

__________________________________

[i] FORAY, L’économie de La Connaissance, 36.

[ii] FIET, “The Pedagogical Side of Entrepreneurship Theory.”

[iii] FIET, “The Theoretical Side of Teaching Entrepreneurship,” 11.

[iv] ANDERSSON and JANSSON, “The Innovative Paradox in Science and Science Parks,” 99.

[v] BAKOUROS and SAMARA, “Academic Liaison Offices vs. Technology Transfer Units,” 146.

[vi] Commission européenne, Entrepreneurship in Higher Education, Especially in Non-Business Studies, 38.

[vii] RINNE and KOIVULA, “La place nouvelle de l’université et le choc des valeurs,” 118–119.

[viii] GALLOWAY and BROWN, “Entrepreneurship Education at University,” 399.

[ix] CALLAERT et al., “Combining the Production and the Valorization of Academic Research,” 9.

[x] HILLS, “Variations in University Entrepreneurship Education : An Empirical Study of an Evolving Field.”

[xi] MENZIES, “Are Universities Playing a Role in Nurturing and Developing High-Technology Entrepreneurs?,” 154.

[xii] SHINNAR, PRUETT, and TONEY, “Entrepreneurship Education,” 157.

[xiii] DEBACKERE and VEUGELERS, “The Role of Academic Technology Transfer Organizations in Improving Industry Science Links,” 330.

[xiv] MENZIES, “Are Universities Playing a Role in Nurturing and Developing High-Technology Entrepreneurs?,” 156.

[xv] FORAY, “University-Industry Knowledge Transfer in Switzerland,” 62.

[xvi] MUELLER, MELWANI, and GONCALO, “The Bias against Creativity Why People Desire but Reject Creative Ideas,” 13.

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Classé dans Analyses, Général

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