L’entrepreneuriat et le rapport au savoir à l’université – partie 1

Le rapport au savoir – partie 1

Diffusion des connaissances et du savoirSi les études montrent ce qui peut être amélioré en termes d’accompagnement et de programmes spécifiques, elles n’abordent pas une question centrale.

Les études montrent qu’il existe des résistances parmi les membres  de la communauté académique, mais elles n’abordent pas la question frontalement en essayant d’isoler la raison profonde qui peut faire obstacle.

Le seul fait de constater la résistance n’est pas suffisant pour assurer le succès de la mise en place des programmes. Je fais l’hypothèse que l’une des explications prend racine dans le rapport au savoir qu’entretiennent les membres des différentes facultés observées. Finalement l’obstacle pourrait être formulé de la manière suivante :

L’universitaire jouit de la lettre du texte : il se complaît dans la représentation d’un savoir moral qui est d’autant plus savoir qu’il renonce à toute transformation de la réalité [i].

Pour l’universitaire, la finalité n’est pas d’agir sur le monde. Dès lors, l’action entrepreneuriale ne peut être vue qu’avec la plus grande suspicion.

Dans de nombreux articles, la dimension psychosociale de l’impact de tout changement n’est pas prise en compte. Bien sûr, des auteurs notent que les réformes doivent prendre en considération la qualité de l’enseignement et tenir compte de la sensibilité des professeurs sur ces questions. Mais peu de place, voire aucune, est faite à l’institution en tant que groupe.

Quelle relation au savoir entretiennent les chercheurs ? Quelle influence cette relation peut avoir sur leur rapport à la marchandisation[ii] du savoir ? Comment sont ressenties les intrusions de l’économie dans le monde académique par le corps enseignant ? Est-il légitime que la mise en place de tels programmes puisse être perçue par certains chercheurs et enseignants comme le dévoiement de la mission de l’université ?

Le savoir universitaire peut être vu à partir d’au moins deux angles : le premier, à partir des connaissances acquises dans une perspective professionnelle ; le second, à partir des nouveaux savoirs construits par les recherches académiques. Historiquement, l’université était dévolue à la formation pratique. Ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle que von Humboldt y a introduit la recherche[iii]. L’aspect utilitariste de l’enseignement n’est donc pas fondamentalement étranger à ces institutions. Cependant, aujourd’hui encore, on peut parfois ressentir une certaine résistance à cette dimension dans certaines facultés et dans certaines universités, bien que, il faut l’avouer, cette résistant a tout de même diminué depuis 2008 [iII]. L’une des inquiétudes exprimée est que la compétitivité des universités – par le prisme de l’utilitarisme qui fait le tri entre les recherches rentables et celles qui le sont moins – prenne le pas sur l’excellence de l’enseignement [iv].

__________________

[i] RESWEBER, “Discours universitaire et questionnement philosophique,” 4.

[ii] il y a marchandisation au sens où le savoir est envisagé dans une perspective de commercialisation. Non pas comme une recherche absolue de profits, mais comme une expérience pratique, voire ludique.

[ii] période à laquelle les premiers constats de cette étude ont été posés.

[iv] RINNE and KOIVULA, “La place nouvelle de l’université et le choc des valeurs,” 107.

[iii] Ibid., 120.

Poster un commentaire

Classé dans Analyses

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s